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Les foins en traction animale

La fenaison en Traction Animale : oui, mais… (Villers-sous-Chalamont, Doubs 25)

Existant depuis la nuit des temps, ou presque, la fenaison est une technique particulière de collecte des herbes séchées qui a évolué au cours des siècles.

Si le but est d’obtenir du fourrage pour les animaux, permettant de compléter l’alimentation ou d’en faire le principal apport, il y a plusieurs étapes pour arriver au résultat final : fauchage, fanage, andainage et pressage (ou stockage en vrac).

L’homme a contribué à ce travail d’abord directement, à la main, puis avec des outils.

Au début du XIXè siècle, c’est d’abord aux Etats-Unis que la fenaison en Traction Animale se met progressivement en place avec des faucheuses à lames à mouvements alternatifs. Le retournement et l’andainage restaient alors manuels. Par la suite, des râteaux à traction animale ont été conçus, permettant de rassembler le foin sous forme d’andains grossiers facilitant alors le ramassage. Progressivement, avec la mécanisation, de nouveaux outils ont vu le jour, utilisables avec le tracteur, mais aussi et toujours en traction animale pour les paysans ne voulant pas mécaniser leur ferme, ou n’en ayant pas les moyens financiers. Certains pays n’ont d’ailleurs jamais cessé de fonctionner en traction animale.

En 2020, l’idée de vouloir faire l’intégralité de sa fenaison en traction animale sur une ferme classique française n’est pas utopique, c’est une réalité, qui toutefois nécessite quelques nuances et surtout quelques adaptations.

Le monde dit moderne, à l’heure du tout jetable, a oublié les enseignements du passé, les traditions, la transmission… les gestes qui semblaient anodins ou rituels, mais qui étaient essentiels… voire indispensables. Autrefois, les paysans faisaient “retenir” la barre de coupe de leur faucheuse. Une sorte de contrôle technique permettant l’ajustement des réglages avec des cales et l’aiguisage des lames. Aujourd’hui, plus personne ne sait faire, il n’y a plus de réglages, plus de “mise à jour” d’un matériel qui a pourtant fonctionné et fait ses preuves en son temps.

Le matériel de fenaison est de type standard, générique. Il est, la plupart du temps, produit aux Etats-Unis, quelques fois en Allemagne, à l’inverse du matériel aratoire (pour l’agriculture), autrefois développé localement et adapté à la géographie des lieux pour pouvoir travailler. Les conditions de travail et les contraintes matérielles, animales et humaines sont à bien étudier. Parmi le matériel disponible, le fabricant de la faucheuse américaine préconise 2 chevaux par mètre linéaire de coupe, ce qui, pour une lame de 2m05 solliciterait 4 chevaux. Les informations diffusées en mode “publicitaire” (et surtout version officielle) du fabricant inciteraient les acheteurs et utilisateurs potentiels à atteler 2 chevaux, ne tenant pas compte des conditions réelles de fonctionnement. Les forces nécessaires pour réaliser la fauche avec 2 chevaux dans des conditions optimales sont insuffisantes. A titre de comparaison, les Amish, connus pour leur gestion intégrale en traction animale, fauchent toujours avec des attelages de 4 ou 6 chevaux.

Les problématiques de fauches, que l’on soit en tracteur ou en traction animale, sont les mêmes : grosses quantités de fourrage, mottes de terre, sols irréguliers, pentes… Il faut donc pouvoir adapter le matériel aux besoins, et avoir plusieurs chevaux pour assurer l’ensemble des travaux en étant sereins, dans le bien-être et la sécurité de chacun.  Un autre élément à ne pas négliger : la nature du fourrage joue un rôle essentiel dans la fenaison. Une prairie naturelle sera plus complexe et difficile à faucher qu’une prairie artificielle.

Chez Jean-Louis Cannelle, à Villers-sous-Chalamont (Doubs – 25), les foins, c’est un engagement militant de la ferme : c’est fondamental, on ne joue pas ! Le fourrage est essentiel pour les bêtes : quelques 55 chevaux comtois et 30 bovins se partagent les pâtures et le foin une fois la belle saison achevée. Ferme bio, la mixité d’élevage permet d’équilibrer les sols des pâtures, et la qualité du fourrage est nettement améliorée par la fenaison en traction animale.

Nouvelle année, nouvelle fenaison… et nouveaux tests à la ferme Cannelle. Le bien-être animal étant une priorité, il faut que le matériel et son utilisation soient confortables et adaptés (le matériel est toujours testé et analysé avec l’Association Hippotese).

 

Déroulement d’une fenaison à la Ferme Cannelle

– fauche : utilisation d’une faucheuse I&J avec une double lame de 2m05, 0,08 hectare à l’heure, avec 3 chevaux, durée de travail de 2h30 avec les pauses nécessaires pour les animaux. Aujourd’hui, sur l’exploitation, la faucheuse ne leur donne pas satisfaction.

– fanage : utilisation d’une pirouette avec avant-train Hisko (avec moteur auxiliaire diesel – consommation 0,6L – relevage hydraulique et pompe hydraulique pour relever les côtés de la pirouette), largeur de travail de 5m80, 2,5 hectare à l’heure, avec 2 ou 4 chevaux (selon la pente).

ou

– fanage : utilisation d’un faneur rotatif avec avant-train simple (avant-train de traction), largeur de travail 2m80, 1,5 hectare à l’heure, avec 2 chevaux (travail facile car le faneur est entrainé par ses propres roues).

– andainage : utilisation d’un giro-andaineur avec un avant train (ici le Pintow conçu avec Charlie Pinney – la rotation de l’andaineur est faite par les roues de l’avant-train – relevage hydroélectrique), largeur de travail 3m, 1 hectare en ¾ d’heure, avec 3 chevaux.

ou

– andainage : utilisation du râteau-soleil, largeur de travail 2m, 1 hectare à l’heure, avec 1 à 2 chevaux (souvent 1 seul). Le râteau-soleil est considéré comme un excellent outil en traction animale car c’est le frottement des râteaux qui entraine la rotation.

– pressage : opération réalisée au tracteur sur la ferme, soit par échanges avec les voisins, soit en CUMA. Les 11 parcelles représentants 30 hectares étant éloignées les unes des autres, il n’est pas possible d’assurer dans l’immédiat l’intégralité des opérations. Le pressage pourrait être envisagé en traction animale avec un avant-train à moteur auxiliaire et des petits outils de tracteur comme une presse à balles rondes.

Il faut environ 10 jours, 3 à 4 personnes et 12 chevaux pour faire les foins sur la Ferme Cannelle. 12 chevaux sont nécessaires car ce sont des chevaux qui sont en formation pour leur apprentissage, les rotations sont augmentées pour leur confort et leur concentration, 6 seraient suffisants. 150 tonnes de foin sont ainsi produites chaque année.

Le réchauffement climatique fait évoluer la fenaison d’après Jean-Louis. La météo à long terme est plus fiable, les températures sont plus chaudes et il y a moins d’humidité, ce qui permet de réduire les andainages systématiques le soir. L’évolution des pratiques agricoles a entrainé l’augmentation de la matière sèche de plus d’un tiers depuis le début de la mécanisation.

Dans les projets et les évolutions, la Ferme envisage de solutionner réellement la fauche, et de prévoir l’investissement d’un andaineur soleil double (gain en surface de travail et donc en temps de travail).

“Le cheval amène à un autre type d’agriculture, l’utilisation de l’énergie animale permet de développer un autre type de paysannerie. Ce sont des fonctionnements qui ont conservé leur prédominance dans les pays de l’Est et que l’on a oublié en France. Et pourtant… l’idée de la traction animale, c’est un moyen évident de contribuer à sauver la planète par une valorisation énergétique et en évitant le gaspillage” rappelle Jean-Louis Cannelle.

 

Contact :

Ferme Cannelle

25270 Villers sous Chalamont

03 81 49 36 41

cerrta@wanadoo.fr

www.chevalcomtoiscannelle.com

 

CERRTA

25270 Villers sous Chalamont

03 81 49 36 41

cerrta@wanadoo.fr

www.formationtractionanimale.com

 

Hippotese

hippotese@free.fr

http://hippotese.free.fr

 

PHOTOS : Ferme CANNELLE et Aurore LEGAY

TEXTE : Aurore LEGAY

Les foins en traction animale à la Ferme Cannelle / CERRTA – Sabots Magazine #98

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