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La gestion des boisements sur digues en traction animale à Artemare

Prévention du risque inondation : gestion des boisements sur digues en traction animale (Artemare, Ain 01)

Le Séran, est une rivière du Bugey et un affluent du Rhône. Long de presque 42 kilomètres, il traverse 17 communes de l’Ain. L’aménagement hydroélectrique sur le Rhône et les drainages agricoles ont accentué les perturbations hydrologiques, intensifiant les crues et élargissant le périmètre des zones inondées. Les digues du Séran, construites pour la plupart à la fin de la Première Guerre Mondiale, avaient été érigées pour éviter que la ville d’Artemare et ses alentours ne soient inondés par la rivière (il y a eu plusieurs crues notoires ayant fait de gros dégâts locaux). Pour limiter ces phénomènes et réguler le rythme naturel du cours d’eau, des travaux ont été engagés depuis quelques années. Vincent Favaro et ses chevaux de trait, accompagnés d’un bucheron, gèrent les boisements sur un bon kilomètre par an de digues (sur plus de 5 kilomètres du projet).

Dans l’absolu, aujourd’hui, on voit plutôt des champs inondés, gorgés d’eau (selon les régions bien sûr et principalement après de gros épisodes de pluies), on patauge… ça “pacote” diraient les anciens… ils nous diraient aussi que de leur temps, les haies naturelles et les arbres évitaient tout cela car ils retenaient l’eau avec leurs racines et qu’ainsi les cultures ou les pâtures étaient bien plus accessibles en toutes saisons. Hé bien… en matière de digues et de cours d’eau… c’est tout l’inverse… en effet, il ne devrait pas y avoir d’arbres le long des digues. Les racines perforent la digue, et en cas de crue, l’eau remonte le long de ces mêmes racines pour rejoindre la surface, s’infiltrer plus loin dans les terres. Les racines fragilisent aussi la digue qui à terme peut s’effondrer ou se morceler.

Vincent Favaro revient sur les bords du Séran pour son chantier annuel de prévention du risque inondation avec au programme : abattage, câblage et reprise mécanisée des grumes. Le manque d’entretien des lieux et la configuration des digues ont d’eux-mêmes initié le choix de la technique de travail. Les zones ne sont clairement pas mécanisables, et il serait dangereux de s’y aventurer, le débardage au cheval est la meilleure (seule ?) option.

Bucheron de formation initiale, il a choisi la traction animale par conviction et parce que cela lui semblait être la continuité de son métier. Pour lui, le travail avec le cheval est une évidence, tout en étant conscient des limites qu’elles soient humaines, animales ou mécaniques, il faut savoir allier l’ensemble, s’adapter au milieu et être complémentaires.

Avec l’aide de son collègue bucheron François et de ses chevaux Amiral (Trait du Nord) et Fidel (Comtois), ils vont alterner le bucheronnage manuel et le câblage au cheval pour des abatages directionnels (éviter que les arbres ne tombent dans la rivière et partent avec le courant). Pour réguler les boisements, ils vont ainsi couper 90% des arbres présents sur la digue, enlever ceux qui sont tombés ou qui ont poussé dans l’eau et ceux qui sont inclinés dans le sens de la rivière et qui risqueraient de tomber naturellement dedans, afin de sécuriser les lieux. La digue est étroite, en dévers, avec une hauteur de 3 à 4 mètres par rapport au court d’eau. Pas de tracteur possible, et pas non plus de possibilité d’accéder avec un broyeur. Ils ont donc obligation de tout évacuer (grumes et branches) car ce serait trop dangereux de tout laisser sur place en cas de crues. La traction animale est idéale dans cette configuration, permettant de déblayer les lieux sans laisser de traces. Le chantier a lieu principalement avant le printemps pour conserver une visibilité avant le développement des feuillages.

Les bords de digues sont très fréquentés, des joggeurs, cyclistes ou promeneurs viennent profiter de la quiétude des lieux et la présence des chevaux est plus adaptée, mieux vécue par ces usagers réguliers. Et bien que l’objectif final soit le même quel que soit le mode de régulation choisi (mécanique ou traction animale), les lieux restent accessibles, des panneaux de signalisation indiquent la présence des chevaux et détournent le chemin en fonction de l’évolution du travail et des besoins des professionnels sur place afin d’éviter tout risque et tout danger. Les gens sont respectueux et s’intéressent aux travaux forestiers, viennent poser des questions et prendre des photos, étonnés de voir les chevaux travailler en forêt.

Pendant la durée du chantier, les grumes et les branches sont ramenés en traînes directes à l’entrée du chantier, puis déplacés en zone de stockage avec le tracteur forestier en fonction de leur utilisation future :

– les bois valorisables pour le chauffage d’un côté (frênes et érables),

– le restant (branches, houppiers et essences non valorisables) pour la filière bois énergie, communale ou industrielle (aulnes, tilleuls et saules) sur une autre zone de stockage.

La qualité du bucheronnage est importante. Pour travailler sur des digues en débardage avec des chevaux, une formation forestière et des connaissances en techniques d’abattages sont essentielles, il faut pouvoir prévoir et anticiper le point de chute de l’arbre. La communication entre les intervenants (bucheron et meneur) est essentielle pour la sécurité. Elle permet aussi de réguler les opérations avec les chevaux, couper et déblayer au fur et à mesure afin de conserver une visibilité et un accès au plus près des coupes.

Vincent estime qu’il y aura pour cette année (le chantier n’est pas terminé) environ 3 à 4 camions en bois de chauffage et 100 à 150 tonnes de bois énergie.

Ce type de fonctionnement, la mise en place de ce projet et surtout sa continuité en font un exemple pour les communes : le bilan carbone de ce type d’opération devrait être pris en compte dans les chantiers environnementaux. Le cheval permet de mobiliser, déplacer et regrouper du bois à destination locale de chaufferies collectives, industrielles ou en bois à buches sans polluer.

 

Contacts :

Vincent Favaro – Trait Débardage Services

06 19 18 10 63

traitdebardageservices@nordnet.fr

 

Communauté de Communes Bugey Sud

www.ccbugeysud.com

 

PHOTOS ET TEXTE : Aurore LEGAY

La gestion des boisements sur digues en traction animale à Artemare – Sabots Magazine #102

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