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De l’usage du Bas-cul en traction animale

De l’usage du Bas-cul en traction animale

Si aujourd’hui l’homme peut travailler avec le cheval, c’est parce qu’au fil des siècles il a réfléchi et expérimenté comment fonctionner et comment évoluer avec l’animal.

L’efficacité a toujours primé, ne rendant pas toujours confortable le travail du cheval. C’est en avançant à ses côtés, que l’homme a pu constater combien le bien-être de son “outil de travail ” était essentiel. Il a fait évoluer le statut du cheval d’outil à celui de compagnon de travail. Les avancées matérielles ne concernaient pas uniquement le confort de l’utilisateur ou celui de l’animal, mais bien aussi, et avant tout, le quotidien et la praticité. Les objectifs étaient clairs : rentabilité et rapidité d’action.

Domestiqué depuis la plus haute antiquité, le cheval ne trouve sa place en traction animale qu’à partir du VIIè siècle. Son travail consiste principalement à tracter de lourdes charges. Auparavant, les balbutiements de harnachements sont mal adaptés et ne permettent pas de profiter de la pleine force de l’animal. Vers les VIIIè et IXè siècles, l’invention du collier d’épaule et de la ferrure à clous font vraiment évoluer l’utilisation du cheval (ces deux inventions évolueront peu depuis leur création). C’est à la même période, au milieu du Moyen-Age, que le rôle du cheval change. Il n’est plus réservé aux chevaliers, il devient un outil de travail pour beaucoup d’hommes du peuple. Vers le XIIè siècle, lorsque le palonnier apparait, une évolution importante du travail au cheval se met en place. Le cheval est alors l’élément principal participant activement à de nombreux travaux et activités, facilitant le travail des hommes jusqu’à l’ère de la motorisation où son utilisation déclinera drastiquement dans nos pays industrialisés.

Dans l’Histoire de l’utilisation du cheval, on voit apparaître très tôt l’usage du palonnier porté. Différents noms le définissent : écrevisse (photo-02), bas-cul, palonnier porté, voire “bricole” (ne pas confondre avec le harnais en bricole classique). Ces utilisations du bas-cul étaient surtout destinées à des utilisations du cheval autres qu’agricoles.

 

Qu’est-ce qu’un bas-cul ?

(schéma / Photo-24)

Un “bas-cul” est l’ensemble que constituent un harnais spécifique, un palonnier ergonomique pour ne pas blesser le cheval. Il peut comporter un système de poulies (photo-17), avoir des élastiques (photo-20 et photo-21) ou des sangles (photo-18 et photo-19). Lors de l’utilisation d’élastiques ou de sangles, l’utilisateur devra adapter la longueur de sa chaîne d’accroche pour ne pas briser la ligne de traction. Lors d’une utilisation du bas-cul avec des poulies (photo-22 et photo-23), celles-ci permettent la démultiplication de la longueur des élastiques et donc l’ajustabilité du bas-cul à l’activité et à l’effort demandé. Cet ensemble palonnier-harnais se décline en différents éléments ou termes d’appellations selon sa région et/ou son utilisation. Il existe aussi sous les noms d’arceaux de traction (photo-05) ou de bricole “beaujolaise”.

En termes de base de réglages, le palonnier doit idéalement venir s’installer naturellement dans le creux de la fesse du cheval au repos (photo-14).

Son appellation et sa présentation varient selon les périodes de l’histoire, les bourreliers et les fabricants. S’ils ont le même but d’utilisation dans le travail, ils diffèrent parfois dans le confort pour l’animal selon les réglages effectués.

 

Quels sont les usages d’autrefois ?

C’est à la traction des péniches, au halage, qu’on retrouve très tôt cette utilisation du bas-cul, le point d’accroche étant haut (photo-03). De même, en gare de triage, comme le palonnier au sol se croche dans les rails ou les aiguillages lors du placement des wagons, l’usage du palonnier porté facilite le travail et les opérations. Dans les carrières (photo-04), pour le déplacement des wagons, et dans les mines, le problème est identique : ce sont les mêmes contraintes qui amènent à une utilisation du bas-cul, plus fonctionnelle.

Si les utilisations pré-citées correspondent à une traction sur point élevé (avant de wagon, filin de halage, …), un usage du palonnier porté avec une traction en point bas va progressivement être utilisé par les paysans pour le maraîchage. Ces derniers récupèrent du matériel ancien venant des carrières, des mines ou zones de halage et l’adaptent à leurs besoins au quotidien.

 

On parle d’utilisation “moderne” du bas-cul ?

Le renouveau de l’utilisation de ce type de harnachement se situe dans les années 1985-1990. Une vulgarisation a été forte dans le cadre du débardage, qui n’était pourtant pas du tout une catégorie d’activité destinée à l’usage de ce type d’équipement. D’une façon générale, le bas-cul donne surtout du confort à l’utilisateur. En effet, en débardage, le bas-cul permet au débardeur de ne pas se baisser à chaque accroche pour récupérer son palonnier ou sa chaîne. Il permet aussi plus facilement au cheval de gerber les bois au tas sans risquer de se prendre les membres dans les traits (s’empâturer) (photo-06).

En maraîchage, le bas-cul facilite les demi-tours et évite que le palonnier ne vienne blesser la culture en place.

Dans les vignes, le palonnier porté facilite les déplacements et préserve la végétation. Dans le Beaujolais, autrefois, lors des travaux effectués dans la vigne au moment de la floraison, les vignerons avaient pour habitude de nommer les dégâts occasionnés par le frottement du palonnier : “la grêle du cheval”. Il y a une quinzaine d’années, ils ont trouvé la solution à ce problème par l’usage du palonnier porté haut. Les vignes étant cultivées en gobelet (non palissées), le bas-cul passe largement au-dessus des végétaux.

 

Qu’en est-il des réglages ?

Aujourd’hui, l’utilisation des palonniers portés s’est largement vulgarisée. Une attention particulière doit être faite sur les réglages et les points de vigilance. Les éléments techniques et informations avancés dans cet essai ne sont pas paroles d’évangile, faute de mesures scientifiques tant sur les pressions exercées que sur la notion de bien-être ou de mal-être pour l’animal. Néanmoins, les éléments relatés ont vocation à aider et conseiller les utilisateurs et peuvent bien entendu être améliorés et amendés.

Le harnais et le collier doivent être adaptés à l’animal qui va travailler et ne pas exercer de pressions, tant à l’arrêt que dans l’effort.

Le concept du bas-cul est à modifier en fonction du type d’utilisation. En débardage, le point de traction est proche du sol. En paire, l’usage d’une balance est nécessaire quelle que soit l’activité (le sujet est abordé par la suite). Et l’utilisation des élastiques aligne automatiquement la ligne de traction en faisant descendre le palonnier. C’est là que doit être la vigilance pour éviter que le cheval ne vienne heurter le palonnier avec la pointe de ses jarrets.

Le concept du harnais porteur du palonnier ne doit en aucun cas modifier la ligne de traction, même au repos.  Pour cela, il est important que les sangles de l’araignée aillent se reprendre directement à l’extrémité des traits (côté collier) et pas au niveau de la sous-ventrière (photos 15 et 16). Cela risquerait de faire remonter le collier au moment où le cheval tend ses traits pour démarrer sa charge. Sur la photo d’époque (photo-07), c’est une utilisation du cheval à l’étranger, en service de gare : au moment de la mise en traction du cheval, la ligne de traction est modifiée. Dans les observations que nous avons pu effectuer, ces éléments transparaissent de façon explicite. Les différentes études qui ont été conduites dans l’utilisation du cheval démontrent que l’on a une meilleure efficacité de la traction lorsque l’on approche d’un angle de 90° lors de la mesure de l’angle entre l’épaule et la ligne de traction (photo-08 et photo-09).

Lorsque le point de traction est bas, comme en débardage, les élastiques longs, combinés aux poulies, permettent au palonnier de descendre de façon à obtenir une ligne de traction parfaite et de s’éloigner du cheval pour ne pas venir toucher les jarrets dans le déplacement (photo-10). La position à l’arrêt ne gêne pas non plus l’équidé (photo-11).

Pour le confort du cheval, une manière très simple d’évaluer la pression exercée par l’organe portant le palonnier est de placer le dos de la main entre l’animal et le support et de faire avancer le cheval (photo-12). La pression exercée par le harnais ne doit pas augmenter lorsque les traits sont tendus (photo-13).

 

Le bas-cul peut être utilisé en paire. Si le point de traction est haut, comme dans le cadre de halage de péniches, où les palonniers sont toujours soulevés par les filins arrivant du mât de la péniche, la balance peut être articulée directement sur les 2 palonniers (photo-27).

Dans toutes les autres utilisations, il est plus logique que la balance soit dotée de chaînes pour qu’elle ne soit pas portée elle-même par les chevaux (photo-25 et photo-26). Le bas-cul remplira toujours son rôle principal : éviter que les chevaux ne mettent les pieds dans les traits. Lors de travaux de débardage, il viendra alléger le travail du débardeur puisqu’il n’aura que la balance à porter et non l’ensemble palonniers-balance. Dans cette configuration, donc balance reliée par deux chaînes, le cheval ne risquera pas de subir de blessures ou de pressions sur les membres.

 

En conclusion, les modifications que l’on peut apporter en reprenant une invention doivent toujours aller dans le sens de l’amélioration. Cette amélioration ne peut s’obtenir qu’après une analyse fine du concept de l’outil et du besoin.

Nous devons rester très humbles en matière du harnachement du cheval, presque tout a été étudié. N’oublions pas qu’au XIXè siècle, en France, plus de deux millions de chevaux étaient utilisés. Des structures comme la Compagnie Générale des Omnibus sont allées très loin dans l’analyse de la fatigue des chevaux et dans le concept de simplification du harnachement notamment.

Le bien-être animal ne peut que découler de la bien-traitance. Soyons vigilants en permanence sur la façon dont nous utilisons nos partenaires de travail.

 

Sources :

“Le cheval et la pierre” de René Pothet (ed. Cahiers du pays Chauvinois n°10)

TEXTE : Aurore LEGAY

avec la participation de Jean-Louis Cannelle pour les écrits, Vincent Sappez pour le matériel et de Don Diego, Tétram et Icks, Traits Comtois pour le support visuel

PHOTOS : Aurore LEGAY, collection Etienne Petitclerc et Deny Fady

De l’usage du Bas-cul en traction animale – Sabots Magazine #106

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