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Biodiversité, APRR et débardage

La Biodiversité va retrouver ses droits (Noyarey, Isère 38)

Invasive, toxique (notamment pour les chevaux), et imputrescible, cette espèce végétale est très répandue sur le territoire français. Importé des Etats-Unis en 1601 (par Jean Robin), le robinier ou faux-acacia (Robinia pseudoacacia) a été largement planté pour stabiliser les terrains sablonneux ou rocailleux et pour son bois. Sa croissance rapide, sa capacité de multiplication végétative importante (rejets de souche et drageonnage c’est-à-dire que de nouvelles pousses se développent à partir de ses racines), sa production abondante de graines toxiques, sa capacité à fixer l’azote atmosphérique et la toxicité de son bois et de ses feuilles en font une espèce pionnière compétitive capable de modifier profondément les phytocénoses (communautés végétales) locales. Cette espèce est généralement considérée comme très envahissante sur son aire européenne de répartition, empêchant la croissance des autres plantes notamment par un développement très rapide (le robinier peut atteindre quelques mètres en une année végétative prenant facilement la place des autres) et par concurrence à la pollinisation. Dans certains endroits, le robinier a pris la place d’essences indigènes dans des forêts entières.

AREA est une société concessionnaire d’autoroutes reliant les principales métropoles rhônalpines, comme Lyon, Grenoble, Annecy, Chambéry ou Valence, et donnant accès au premier domaine skiable du monde.

Le réseau AREA couvre 429 kilomètres d’autoroutes. Connecté au réseau APRR, aux tunnels du Mont-Blanc (par ATMB) et du Fréjus (par SFTRF), l’ensemble de ces sociétés d’autoroutes assure la continuité de ce réseau français vers la Suisse et l’Italie.

Dans le cadre du chantier d’aménagement de l’A480 dans la traversée de Grenoble et de l’échangeur du Rondeau par la société AREA, des démarches de compensation des impacts écologiques ainsi que des mesures d’accompagnement environnementales ont été engagées. C’est donc dans cette démarche d’accompagnements des mesures règlementaires aux impacts écologiques que des travaux forestiers ont été mis en place sur une surface de 11 hectares dans le bois de Gélinot sur la commune de Noyarey (soit la moitié de la surface du bois). Le ruisseau du Gélinot, ancien bras secondaire de l’Isère (la rivière) qui traversait autrefois le bois, est aujourd’hui asséché. Déconnecté hydrauliquement et n’étant donc plus soumis à la dynamique fluviale de l’Isère, le bois du Gélinot a ainsi évolué progressivement vers des boisements de bois durs. Il s’est rudéralisé et a été planté de divers essences dont des robiniers qui prolifèrent aujourd’hui. La commune, soutenue par la Région, souhaite activement remettre en eau le Gélinot et réhabiliter les berges de l’Isère ainsi que le bois de Gélinot, corridors écologiques majeurs entre Chartreuse et Vercors, identifiés au “schéma régional de cohérence écologique”.

L’objectif de ces travaux d’accompagnement menés en cette fin d’année 2020, est de réduire la population de robiniers invasifs et permettre la recolonisation par des essences indigènes favorisée notamment par des plantations de jeunes plants (orme, chêne, frêne…) prélevés directement sur place.

Mandatée par AREA, la société spécialisée dans la maîtrise d’œuvre de restauration écologique Biotec (Lyon-69) assure la conception et le suivi des travaux. Trois techniques complémentaires de traitement du robinier ont été mises en œuvre pour chaque foyer de robiniers :

– des travaux forestiers d’abattage et de dessouchage mécanisé,

– des travaux d’abattage et dessouchage à cheval des petits sujets puis dévitalisation des souches restantes (sans produits toxiques et permettant un renouvellement progressif et propre du sol),

– du cerclage (écorcer une bande du tronc jusqu’à l’aubier à la base de l’arbre pour limiter les flux de sève, tuer l’arbre sur pied en évitant la formation de rejets de souche).

L’emploi de différentes techniques doit répondre à un triple objectif de :

1- préserver au maximum l’intégrité du boisement, avec des méthodes « douces » de manière à favoriser la reprise spontanée des jeunes plants présents, ce boisement ayant une forte régénération,

2- mettre en œuvre des techniques innovantes de traitement du robinier : dessouchage à cheval et dévitalisation de souches,

3- comparer l’évolution des reprises suivant les techniques employées.

La première phase des travaux a été entamée en novembre 2020 et concernait les travaux mécanisés, le cerclage ainsi que l’abattage, débardage et dessouchage à cheval des secteurs sensibles d’accès. Une dernière phase de dévitalisation de souches des plus gros sujets sera conduite au printemps prochain.

Ce projet d’envergure est mis en œuvre et suivi sur 3 années dans le cadre des travaux puis sur toute la durée de la concession autoroutière ensuite.

Ecologie, compensation carbone, proximité… choisir des prestataires de la région était une évidence pour Biotec et AREA, et ce sont Philippe Escalle (Traits A propos) et Daniel Pruvost (Arvak Solution Alternative), membres du Réseau Professionnel Auvergne-Rhône-Alpes Traction Animale, qui ont réalisé le chantier en traction animale, au sein du groupement d’entreprises emmené par l’entreprise Thierry Chassagne.

Une météo clémente aura accompagné les équipes pendant ce mois de novembre, leur permettant une accessibilité accrue, en effet, les anciennes zones de forêts alluviales deviennent vite glissantes en cas de pluies. La sécurité était primordiale, et les 2 équipes, mécaniques ou “animales”, déployées pour cette première phase de travaux, ont dû s’accorder et collaborer sur le chantier.

Quand on arrive sur place, les sons sont multiples… là une tronçonneuse qui ronronne, là un broyeur qui crachote… un cheval qui hennit…

Les allées et venues des chevaux ramenant les troncs, certains en traîne directe, d’autres avec le fardier, ne laissent que peu de traces de leur passage… une fois les équipages hommes-chevaux partis, la nature reprendra ses droits en un rien de temps.

En complément du débardage à cheval, les souches des sections de robinier de petits et moyens diamètres (en dessous de 15cm) ont été retirés en traction animale, les procédés de dévitalisation prévus en général ne s’adaptant pas à ce format. Quelle que soit la technique choisie pour le traitement des souches, celles-ci ont été coupées à 1m du sol en vue soit de leur dessouchage par la traction animale soit de leur dévitalisation. Permettant une extraction douce et entrainant l’arrachage de nombreuses racines en profondeur, le dessouchage s’est avéré efficace sur le terrain tout en limitant le brassage et le retrait de la terre localement.

La coordination entre les équipes de bucherons et les équipages hommes-chevaux a permis une régulation de la coupe et de la sortie des troncs. Un accès aux différentes zones, facilité par l’accord des voisins et des propriétaires des parcelles de proximité, a permis de réduire la longueur des traînes.

5 chevaux de trait, comtois et trait du nord, deux équipages, pour un résultat concluant et positif :

– environ 600 robiniers (diamètres entre 20 et 70cm) billonnés en 6m, débusqués et débardés sur une traîne moyenne de 250m,

– environ 80 robiniers (diamètre moyen de 10-12cm) dessouchés avec un outil “maison” le “Dessoucheur”.

Un bilan positif qui met en valeur un chantier efficace et surtout complémentaire entre cheval et mécanique !

 

TECHNIQUE DE DESSOUCHAGE :

Appareil conçu à l’origine par Pierre Galet, le “Dessoucheur” a été testé par Philippe Escalle et Daniel Pruvost en amont du chantier de Noyarey.

Ils ont eu l’idée de lui associer un mouflage (ensemble de 5 poulies qui permet la démultiplication de l’effort) afin d’en renforcer l’action. L’outil de base étant trop léger pour le chantier à venir, Daniel en a construit un plus résistant en regard des efforts futurs à fournir.

Sorte de traîneau utilisé à la verticale pour un effet de levier, cet outil a un encombrement d’environ 1m40 de haut pour 40cm de large (en profil) et s’évase de 40 à 70cm pour sa surface d’utilisation.

Le principe est simple : la souche de robinier est attachée à la base de l’outil (partie la plus large) avec une chaîne. Le dessoucheur est relié au mouflage par sa partie supérieure. Le cheval est placé vers le mouflage. Une chaîne est fixée entre le palonnier du cheval et le mouflage, et c’est lorsque le cheval avance, entraînant ainsi tout le système de poulies et de traction avec lui qu’un premier effet est clairement visible : un mouvement d’élévation (sortie par le haut) de la souche. Puis, dans un effet de levier, avec la traction et la démultiplication de l’effort, l’arrachage se fait par rotation et “couchage” de l’outil.

Sur ce chantier, Philippe et Daniel ont préféré l’usage de 20m de câble synthétique (plus léger et ne s’emmêlant pas) de façon à sortir la souche en une seule fois.

Un outil concluant et aux résultats différents des opérations menées sur les zones mécaniques. En effet, la pelle mécanique a tendance à enlever la terre et coupe les racines, alors que le dessoucheur soulève la souche et extrait avec elle une grande quantité de racines et ramifications, limitant d’autant plus la repousse éventuelle.

Sources :

IFCE

AREA

Commune de Noyarey

techno-science.net

 

Contacts :

Philippe Escalle / Traits à Propos

38210 Saint-Quentin-sur-Isère

06 84 97 13 15

traitsapropos@gmail.com

 

Daniel Pruvost / Arvak Solution Alternative

26190 Saint-Laurent-en-Royans

06 21 25 82 68

danielpruvost@yahoo.fr

 

AREA

www.aprr.com

 

BIOTEC

www.biotec.fr

 

Réseau Professionnel Auvergne-Rhône-Alpes Traction Animale

https://www.reseau-traction-animale.org

 

PHOTOS ET TEXTE : Aurore LEGAY

Biodiversité, APRR et débardage – Sabots Magazine #100

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