TOUS DROITS RÉSERVÉS COPYRIGHT ©2021 AURORE LEGAY PHOTOGRAPHE
logo

Aux Potagers de Gaïa

Aux Potagers de Gaïa, la traction animale ça (Vir)Tourne ! (Hermance, Suisse)

Certes, il faut passer la frontière Suisse pour aller aux Potagers de Gaïa, mais juste de 140 mètres pour aller chercher des légumes sur le stand en self-service, et moins d’un kilomètre pour accéder aux plantations. Et ce sont les chevaux (dont une comtoise) qui vous attendrons pour vous rappeler que l’exploitation fonctionne en partie en traction animale.

Installés à Hermance, en Suisse, au bord du Lac Léman, depuis 2008, les Potagers de Gaïa n’ont cessé de grandir. Créés par Hugo Dufour et Raphaël Piuz, Les Potagers de Gaïa ont pour but la vente directe de légumes produits localement. Le concept est très simple : les clients s’abonnent pour une saison, ils reçoivent un panier par semaine. Ils peuvent choisir la taille du panier lors de la souscription à l’abonnement : petit (pour 2 personnes), moyen (pour 3 à 4 personnes) et grand (pour une grande famille). Ils ont commencé avec une distribution de 30 paniers par semaine, Aujourd’hui ils en proposent plus de 170, et fournissent quelques restaurants de proximité et la maison de retraite du village. Et depuis 2011 ils proposent des légumes dans le mini stand-marché self-service qui est ouvert tous les jours de 8h à 18h. Ce mini marché permettait au début d’écouler le surplus, il reste un complément aux paniers, ceux-ci restant prioritaires dans les répartitions des légumes. Le stand ne propose jamais de revente. Les tarifs des paniers ont été établis de façon à être légèrement moins chers que les légumes bio des supermarchés suisses. Cette proposition d’abonnements à l’année permet de budgéter le chiffre d’affaires et apporte une sérénité financière à l’équipe.

Aux Potagers de Gaïa, des principes essentiels sont le fondement de leur fonctionnement. Tout d’abord développer une agriculture à taille humaine, durable, écologique et sociale. Il est grand temps de rapprocher la ville de la campagne à l’heure où la politique agricole vise à agrandir au maximum les « exploitations agricoles » pour qu’elles soient « compétitives » au niveau international. Tout ceci n’est malheureusement possible qu’avec une main d’œuvre très bon marché (plutôt exploitée) et des transports sur de longues distances. Les Potagers de Gaïa choisissent de dire stop à cette pratique et de consommer localement dans de petites exploitations.

Ce fonctionnement de culture locale créé un lien direct entre producteur et consommateur. Les Clients suivent le travail au champ grâce au bulletin hebdomadaire et sont bienvenus quand ils le désirent pour visiter les cultures. Ils signent un contrat qui les engage mutuellement pour la saison. Ce contrat assure la livraison d’un cabas hebdomadaire, évite la surproduction, assure un prix rémunérateur.

Et quand on parle de production vraiment locale, les légumes parcourent seulement quelques kilomètres avant d’arriver chez leur consommateur, zéro intermédiaire.

Sur le site, la production est exclusivement de saison. Ils produisent le maximum de diversité possible avec le climat de la région lémanique : pas de chauffage dans les serres pour augmenter la durée de production, pas de cultures Hors-sol qui amènent à bétonner la terre et entraînent à une utilisation importante d’engrais chimique. Tous les produits du panier et du marché sont issus des cultures à Hermance.

Enfin, Hugo et Raphaël avaient à cœur de revaloriser les métiers de la terre. Le travail aux champs est très souvent lié à une activité peu gratifiante. Et pourtant elle nécessite une multitude de compétences pour assurer la chaîne complète de la culture à la vente d’un produit au consommateur final. Toutes les connaissances de la nature, qui est un milieu en continuel changement, sont nécessaires pour réussir les différentes cultures. Sans oublier la formation continue pour connaître le maximum de techniques (quasiment infinies en agriculture). Passionnés par leur métier, ils souhaitent transmettre les vraies valeurs de l’agriculture responsable.

Ces vraies valeurs, ce sont elles qui ont amené Hugo à réfléchir à d’autres pratiques. Et en 2011, il découvre la traction animale grâce à un associé, présent sur l’exploitation avec ses deux juments de trait ardennaises. Fasciné et attiré par les chevaux depuis l’enfance, cette expérience a motivé Hugo à revenir cette passion. Il s’est alors intéressé de plus près aux techniques et au matériel.

Alternant les stages Prommata et les stages au CERRTA, et passant son brevet de meneur en Suisse, Hugo profite de ce temps pour acquérir son matériel. S’en suivra l’achat des chevaux : Jolly Jumper en 2014 et Virtourne en 2015. Agés de 12 ans cette année, les 2 équidés se complètent au travail en traction animale sur en moyenne deux journées et demies par semaine. L’avantage d’avoir 2 chevaux est de pouvoir travailler en paire, mais aussi de laisser se reposer celui qui pourrait nécessiter des soins ou du repos, tout en permettant de poursuivre le travail (la détention d’un cheval isolé est de plus interdite en Suisse).

Si la préparation du sol est majoritairement effectuée au petit tracteur (50ch), l’entretien des cultures est fait en traction animale et en énergie humaine. Le calcul du travail est fait pour que tout soit équilibré, que le temps de travail et la pénibilité soit adaptés afin de conserver un confort et une répartition action-activité rationnels.

Pour mener à bien le travail et les chevaux, Hugo a fait l’acquisition de matériel Prommata qu’il avait découvert dès le début de ses recherches, et a fait adapter certains de ses outils par Roger Fillon.

5 personnes travaillent aux potagers et tous s’occupent des soins des chevaux au quotidien. Ils sont 2 meneurs à gérer la partie travail en traction animale. Cette organisation leur permet de travailler 4 jours par semaine et un weekend sur 5.

” Nous qualifions notre production « d’écologique et éthique ». Nous ne sommes pas labellisés officiellement en culture biologique car nous n’en avons pas besoin grâce à la vente directe exclusive de nos produits. Et nous pratiquons une culture biologique par conviction personnelle et pour la préservation de la terre et de nos ressources. L’utilisation de la traction animale va dans cette démarche écologique et éthique. Les chevaux nous accompagnent dans nos pratiques culturales en complément de l’énergie humaine. Nous utilisons un tracteur de manière raisonnable pour certains travaux mais la dimension vivante du travail avec les chevaux est un véritable atout pour toute l’équipe du jardin dont ils font partie. Il nous parait important que l’énergie animale soit reconnue énergie renouvelable rapidement car son développement doit s’amplifier pour répondre à un changement de modèle agricole et sociétal plus raisonnable et respectueux.

Le travail avec les animaux est une passion et un vrai plaisir car il nous oblige à travailler à un rythme doux ce qui n’est pas forcément le cas avec un moteur thermique. Mais c’est aussi un engagement politique et militant pour un changement de modèle et une agriculture plus proche de la terre.” précise Hugo.

 

Les outils utilisés aux Potagers de Gaïa :

– NeoKassine mono-roue

– NeoKassine double-roue équipée d’un relevage central

– Houe Puzenat

– Houe Loiseau

– Canadien

– Arracheuse à patates

 

Les cultures concernées par la traction animale :

– sur billon (pommes de terre, haricots, poireaux, maïs doux, oignons, carottes, betteraves, panais)

– cultures à plat (courgettes, courges, choux)

– cultures vivaces (artichaut, rhubarbe, plantes aromatiques)

 

Contact :

Les Potagers de Gaïa

potagersdegaia.ch

info@potagersdegaia.ch

 

PHOTOS et TEXTE : Aurore LEGAY

Aux Potagers de Gaïa, un engagement pour une agriculture éco-citoyenne – Sabots Magazine #104

Comments are closed.